Visite chez mon frere , le week-end dernier accompagné de ma Leila : On le retrouve au fond de son jardin, au pied de son noyer qu'il enlasse de son bras robuste. "Là, vous voyez, je suis aux petits soins avec lui !" nous annonce-t'il. Puis il se place face à nous, son dos touche l'arbre, il se penche, écarte les jambes et, entre ses jambes, ciselle un relief de l'écorce de l'arbre avec un outil approprié. Sans dire un mot, Leila se tourne vers moi, lève ses avant-bras, la paumme des mains vers le ciel, elle fronce les sourcils, mimant un "il fait quoi au juste?"... Alors, c'est moi qui verbalise : "Christian, tu fais quoi au juste??" -"Ben, avant que vous arriviez, j'ai rogné la corne avec la pince que tu vois là !". Il me désigne une pince, posée dans l'herbe avec des poignées d'environ 20 cm de long. "On appelle ca une pince à parer" "Et maintenant je vais tailler la fourchette avec une rainette !".. À moi d'ajouter : "... Et pour finir, il va filer un bon coup de lime ! Leila se frotte le nez pour que sa main dissimule un petit rictus de moquerie. "Qu'est ce qu'il y a... Il s'y prend mal ?" je demande. "Ben... Quand il n'y a plus rien à tailler, il faut mieux pas tailler!" qu'elle me répond. "Mais ça part surement d'un bon sentiment... Quand on taille les branches basses, c'est pour mettre en valeur la couronne de l'arbre... Ca d'accord ... mais ça sert à rien de rogner les moignons!" -"De quoi elle parle?"demande doucement Christian. Et là, je n'ose pas lui répondre... parceque moi non plus, je ne comprends pas ce qu'elle raconte. Mon frère, son tablier de maréchal-ferrand, ses outils et tout... depuis que des sabots de chevaux ont poussé sur le tronc de son noyer, il a appris tous les rudiments... et puis , l'amour du métier a fait qu'il a développé une vrai philosophie. Enfin bref, ils les soignent avec amour les sabots de son arbre... Je ne comprends pas qu'on puisse se moquer de ça... Je crois qu'on va se séparer Leila et moi !...